Vivre dans un habitat troglodyte

l Cet été, tout le monde a souffert de la chaleur... à part peut-être ceux qui ont une climatisation et une piscine (et encore !).

Dans un habitat troglodyte, il n'est pas nécessaire d'avoir la climatisation. La température reste assez stable toute l'année. En été, il y fait frais. En hiver, un chauffage d'appoint est suffisant.

Courant août, je suis allée passer quelques jours dans un de ces habitats avec mes grands enfants. J'avoue qu'au moment de me coucher, regardant la voute au-dessus de ma tête, j'ai eu une petite appréhension !

Mais ces logements existent depuis de très nombreuses années et s'ils sont bien entretenus, ils peuvent durer encore très longtemps...

Il y a cependant quelques précautions à prendre, bien évidemment.

 

Notre "maison" troglodyte et ses baies vitrées.

Un séjour à Trôo

Trôo est un village troglodyte située dans le Loir-et-Cher, non loin de Montoire-sur-le-Loir, tristement célèbre pour la poignée de main entre Pétain et Hitler.

La région est très belle, vallonnée et donc alimentée par le Loir.

 

Une très grande partie des maisons de Trôo sont soit troglodytes, soit semi-troglodytes. Même les quelques bâtisses construites ont aussi au moins une cave ou une réserve troglodyte.

On dit que Trôo est un village de strates, à l'image du tuffeau dans lequel il s'est construit au fil du temps. Il s'agit d'une roche calcaire assez tendre, facile à travailler et qui durcit à l'air.

A flan de coteau, on trouve dans ce village, une sorte de labyrinthe de chemins, de ruelles et d'escaliers escarpés qui permettent de sillonner à pied ce village "vertical".

 

   

   

 

Un peu d'histoire...

Des demeures seigneuriales confortables ont été aménagées dans la roche. Cependant, la plupart des cavités ont plus souvent servi de logements pour les ouvriers et leurs familles, d'une manière générale des personnes de conditions modestes.

Leurs principales activités y étaient l'élevage de moutons, le tissage et bien sûr la vigne. En effet, un acte de l'an 1224 atteste de la présence de vignes dans ce village. Les caves creusées dans la roche sont bien sûr idéales pour l'élaboration et la conservation du vin !

Dans d'autres villages troglodytes - qui abondent dans la vallée de la Loire, notamment entre Tour et Saumur - d'autres activités y ont été exercées ; l'extraction de la pierre, la culture du champignon "de Paris" ; suite à la destruction des vignes par le phylloxéra, des kilomètres de galeries souterraines y ont été utilisées. Ou encore les Pommes Tapées, une spécialité traditionnelle du Val de Loire, fabriquée principalement à Turquant, près de Saumur.

A partir des années 1920, ce sont des artistes qui ont affectionnés les habitats troglodytes de Trôo. Une 15ème d'ateliers d'artistes et d'artisans d'art peuvent y être visités ; peinture, marqueterie, reliure d'Art et de Dorure, filage de verre de Murano à la flamme...

Nous avons ainsi pu découvrir un magnifique atelier d'artiste ; un très haut volume baigné de lumière grâce à de grandes verrières. On est loin de la grotte sombre et humide. On s'est senti tout de suite bien sous la rondeur protectrice de la voute rocheuse.

Que voir à Trôo ?

La première attraction touristique du village est une grotte pétrifiante ! On peut y voir le long travail des eaux calcaires provenant de diverses sources (ici les ressources en eau sont importantes) ; des stalactites bien sûr et des objets (dont le bénitier de l'ancienne chapelle Saint-Gabriel) ont été pétrifiés par l'écoulement goutte à goutte de l'eau.  Chargée de dioxyde de carbone, elle dissout le calcaire du tuffeau qu’elle traverse. En arrivant au contact de l’air plus chaud, elle dépose la calcite transportée !

La grotte pétrifiante

L'ancien atelier troglodyte du boulanger est aussi assez étonnant. Le boulanger n'avait pas loin à aller pour puiser de l'eau puisque juste à côté, se trouve la fontaine... troglodyte également.

L'ancien atelier du boulanger

Un très agréable petit restaurant / salon de thé a été créé dans une ancienne cave. Les bénévoles de l’association  « Au Coeur de Trôo » s'y relayent pour y faire déguster de délicieuses spécialités régionales.

La cave du vigneron

 

Habiter un logement troglodyte

Vous vous dites qu'habiter un logement troglodyte (à Trôo ou ailleurs) peut être une bonne solution à l'heure du réchauffement climatique. Chaleur, manque d'eau, inondations semblent devenir le lot quotidien. Installé dans une falaise, à l'abri de la chaleur, du froid et des inondations, cela peut sembler une très bonne idée !

Cependant habiter, réhabiliter, entretenir un habitat troglodyte demande une certaine expertise. On ne rénove pas ce type de logement comme une maison classique.

Quelques règles de base s'imposent lorsque l'on achète une habitation troglodyte et que l'on souhaite y faire des travaux :

. Contacter un géologue qui fera une analyse du site.

. Faire élaguer si besoin les arbres situées sur ou près du logement par un spécialiste. Il vaut mieux éviter d'abattre des arbres sans précaution, les racines pouvant pourrirent et créer des infiltrations à terme.

. Bien vérifier si des fissures existent, si des renforts ponctuels sont nécessaires.

. Il est préférable d'éviter les fenêtres ou baies vitrées en double vitrage qui laisse moins passer les rayons du soleil ! La température moyenne d'une cavité étant entre 13 et 14 degrés. On apprécie donc la chaleur du soleil, couplé à un chauffage d'appoint pour avoir une température idéale l'hiver. Pour cette raison, il est souhaitable que la cavité s'ouvre de préférence sur le Sud. Avoir en plus des expositions Est et Ouest est encore mieux.

. Il faut éviter la VMC (Ventilation Mécanique Contrôlée). On préfèrera des aérations simples bien réparties. Rendre étanche à l'air un habitat troglodyte n'est pas adéquate. La tuffeau a besoin de respirer.

. Préférer  la chaux aérienne plutôt que des enduits ciment ou de la chaux hydraulique.

Il existe des organismes locaux spécialisés dans la préservation du Patrimoine. Ils peuvent donner des conseils ou guider vers des spécialistes de ce type de logements.

Ça vous tente ?

 

La cheminée de notre "maison" troglodyte.

 

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© Flora Auvray - 2021