Retour en arrière avec l'hôtel de la Païva...

En marchant sur l'avenue des Champs Elysées, avez-vous déjà remarqué le bel hôtel de la Païva, un peu en retrait de l'avenue, au numéro 25 ?

De tous les hôtels particuliers construits sur cette avenue dans les années 1855 / 1870, il est un des rares a avoir subsisté avec toute son authenticité...

 

Remontons un peu le temps...

Lors de l'exposition universelle de 1855, les Champs-Élysées étaient devenus un lieu à la mode, bordée d'immeubles, d'hôtels particuliers et de maisons bourgeoises.

Pourtant, avant cela, construite sur une zone de marécage, cette avenue excentrée a longtemps été un lieu où se côtoyaient mauvais garçons, prostitués et brigands ! On n'y trouvait que des baraques de foire et quelques guinguettes !

Au départ, en 1667, c'est Louis XIV qui décida à cet endroit alors très marécageux de l'ouverture d'un chemin pour faciliter le passage des voitures pour aller à  Saint-Germain-en-Laye ou au château de Versailles en construction...

 

Mais revenons à cet hôtel qui fut construit par l'architecte Pierre Manguin entre 1856 et 1865, à la demande de La Païva, pour un prix exorbitant (10 millions de francs or !)  et qui défraya la chronique de l'époque...

 

La Païva

Qui était donc la Païva qui pouvait s'offrir un tel luxe ?  Une femme, nommée Esther Lachmann née en 1819 dans le guetto de Moscou, de famille juive polonaise très modeste. Son père était tisserand.

Elle su par sa beauté, son assurance et son intelligence gravir les échelons, en étant fille de joie, puis courtisane. En allant de Moscou à Constantinople, puis à Londres, elle arriva à Paris qu'elle voulu conquérir. Elle appris plusieurs langues, acquis de la culture, s'entoura de personnes du milieu littéraire et artistique parisien comme les compositeurs Franz Liszt, Richard Wagner, Théophile Gautier ou Alexandre Dumas...  et de fil en aiguille, elle parvint à être la maitresse, puis l'épouse d'hommes riches dont le marquis Albino Francisco de Païva-Araujo qui lui offrit un hôtel particulier place Saint-Georges dans le 9ème arrondissement et lui donna le nom qu'elle conserva même après leur séparation.

Elle devient ensuite la maîtresse puis l'épouse d'un richissime prussien, le comte Guido von Donnersmarck qui lui offrit de faire construire l'hôtel des Champs Elysées. La Païva de son côté lui permis d'atteindre les milieux fortunés de Paris, fort utiles lors de la négociation de l'indemnisation de la France à l’Allemagne suite à la défaite de 1870... Indemnisation fixée à cinq milliards de francs !

 

L'hôtel des Champs Elysées

La visite de cet hôtel qui a conservé sa décoration d'origine n'est pas aisée. Cela n'est possible que le week-end lors de visites guidées, l'hôtel étant actuellement détenu et utilisé par le Travellers Club, un club très fermé qui a loué puis acquis cette demeure luxueuse en 1923.

Peu de choses ont été modifiées ; l'escalier et le lobby qui ont été créé à la place d'une voie pour les véhicules, le soubassement qui a été surélevé pour créé un café-restaurant, puis un magasin (actuellement l'Onitsuka Tiger shop) et le mobilier dont la plupart fut transféré par la Païva dans le château de Neudeck (actuellement en Pologne)... Tout le reste est d'origine !

     

On peut constater que l'escalier, inexistant à l'époque de la belle et probablement créé dans le début des années 1900 (peut-être lors de l'achat de l'hôtel par le Travellers Club), bouche en partie des soupiraux.

 

La cour intérieure a été aménagée. Qu'il doit y faire bon prendre un verre lors des douces soirées d'été...

 

L'intérieur

Je m'attacherais essentiellement dans cet article aux détails du décor intérieur.

 

     

     

La Païva aimait tout particulièrement être représentée en peinture ou en sculpture. C'est ainsi que l'on retrouve des visages et des corps de femmes en divers endroits de l'hôtel.

 

     

     

Les décorations, boiseries et sculptures sont été parfaitement entretenues. Elle subjuguent par leur beauté et leur richesse.

Dans le grand salon, les lambris de bois sculptés sont incrustés de lapis-lazuli, une pierre précieuse bleue intense.

 

L'hôtel est célèbre pour son escalier en onyx jaune, au centre une suspension en bronze monumental. Dans des niches, trois statues en marbre grandeur nature de Dante, Pétrarque et Virgile nous observent !

 

   

Alors que l'hôtel a été conçu dans le style de la renaissance italienne, la salle de bain surprend par son style mauresque !

La cheminée en onyx aux lions sculptés est surmontée d'un grand miroir. La baignoire également taillée dans un bloc d'onyx blanc possède une cuve en bronze. On est surpris par les trois robinets de bronze doré... On peut imaginer que les bains n'étaient pas que d'eau savonneuse... mais peut-être aussi parfois de lait d'ânesse ou de champagne... Je vous laisse rêver !

 

Je ne pense pas que ce jardin d'hiver existait du temps de la Païva... mais j'imagine bien aujourd'hui nos gentlemans du Travellers Club fumant leurs précieux cigares dans cet espace bucolique !

 

L'hôtel de la place Saint-Georges

Avant de nous quitter, voici quelques images de l'hôtel construit en 1840 par l’architecte Édouard Renaud, que lui avait offert le marquis Albino Francisco de Païva-Araujo. Un lieu apparemment et malheureusement impossible à visiter...

     

 

Notons que la Païva et son dernier mari, soupçonnés d'espionnage, ont dû quitter la France en 1877 et se retirer en Silésie dans le château de Neudeck où elle mourra en 1884, à l'âge de 65 ans.

Son époux lui survivra jusqu'en 1

 

Pour en savoir plus, je vous invite à découvrir les Carnets d'Igor admirablement documentés !

 

© Flora Auvray - 2021